Aie confiance mon ange

mardi, mai 16, 2017


Presque immédiatement, j'ai posé des limites quant à l'énergie que l'on déploie souvent sans même s'en apercevoir, à modeler son enfant comme on voudrait qu'il soit. Voilà c'est ainsi, je lui souhaite d'être lui, pas un peu de moi, ou bien un peu de son papa, juste lui. C'est facile à dire, certes mais le fait d'identifier précisément cette idée et de tenter de garder ce cap jour après jour est déjà en soi d'une importance colossale pour nous.

Alors, bien entendu, il y a tout ce que l'on transmet, des principes, des règles, des bases indispensables à son humanité, il y a les gestes aussi, la manière de parler qui sont le fruit de l'imitation et pour lesquels on ne peut rien et pour lesquels on ne veut rien faire tant c'est attachant. Pas nous mais un peu de nous tout de même c'est essentiel.

J'ai eu peur depuis deux ans, et ce n'est qu'à présent, je l'avoue sans ambages, que mon coeur s'est rasséréné. Pourquoi cette crainte ? Laissez moi partager cela avec vous.

Adam est depuis toujours très à l'aise auprès de sa famille évidemment mais, malgré nos encouragements, particulièrement en retrait avec le monde extérieur.

A l'air de jeux, il ne s'élance pas sitôt arrivé, à l'assaut des balançoires, araignées et toboggans, criant sa joie, ... il n'interagit pas avec les autres enfants immédiatement. Cependant il ne reste pas sous mes jupes comme on dit parfois, il s'avance lentement vers l'air de jeu, et observe longuement autour de lui, comme pour prendre la température, comme pour démarquer du regard le terrain, déminer les éventuels pièges, chercher les issues de secours, que sais-je. Puis une fois accompli son minutieux examen, il choisi un espace libre pour finalement y jouer seul. Si durant son expérience il se trouve en confrontation directe avec un autre enfant, par exemple à attendre son tour au toboggan, il cède sa place. Et, bien qu'il s'exprime très bien, il ne parle pas et ne répond pas si on le questionne. Alors ces exemples peuvent être considérés comme des attitudes plutôt normales, certains enfants sont plus timides que d'autres, me concernant elles n'en sont pas moins préoccupantes, car je le sais, je le connais entièrement, Adam n'est pas timide.

Jamais il n'y a eu d'incident évidemment, nous veillons au grain, mais nous sommes aussi conscients de l'importance de la socialisation, ce gros mot qui en vérité lorsqu'il s'agit d'enfants, cache un sentiment gênant et tabou : l'appréhension qu'il se fasse bouffer par les autres ! La cour de récréation approche, en septembre déjà... et avec elle, la rencontre quasi quotidienne, de longues heures durant avec "d'autres", ces autres qui ne sont pas nous, ces autres avec qui jamais il ne se sentira aussi en sécurité qu'auprès des siens.
J'aimerais comme au jardin d'enfants, l'y accompagner tel un garde du corps, un camarade d'aventure, être présente à ses côtés non pas contre les autres, mais en médiatrice, un bras tendu dans la foule auquel il peut s'agripper si tout dérape. Comme quand enceinte on enroule nos mains doucement sur notre ventre pour protéger l'enfant à naître on aimerait l'enrouler dans notre bras pour toujours pour le protéger du monde extérieur. Seulement ce n'est guère possible, car, ainsi est la vie, c'est éloigné de nous que cet apprentissage doit se faire.

Dès repéré cet aspect de sa personnalité, loin de vouloir le changer puisqu'il me fallait respecter mon deal initial : "le laisser être", nous avons activé la fonction confiance en soi. Nous devions mettre des mots clairs sur ces événements et œuvrer pour que cela ne soit pas un frein de l'enfance qui ne devienne plus tard une matrice de l'âge adulte.

Alors, à chaque occasion nous l'avons rassuré sans trop en faire, sans exigence, par des paroles simples et réconfortantes : "n'hésite pas, tu peux y aller, vas à ton rythme, ... " Et, le soir après l'histoire, au moment ou tout est calme, nous avons fait le choix de lui faire écouter la douce musique de la confiance en lui, nos voix, une fois papa, une fois maman, qui doucement lui rappelle qu'il compte pour nous plus que tout, mais aussi pour les autres, que chacun compte. Combien il sait faire mille et une choses, combien il est malin, combien il joue bien au ballon, combien son rire est beau, combien l'entendre chantonner nous fait vibrer, combien le voir jouer avec les autres est amusant, ...
Pas longtemps chaque fois, mais souvent. Il comprend, il répond parfois, écoute beaucoup, il s'endort ensuite et peut-être ces paroles raisonnent encore en lui.

Et, à l'aube de ses trois ans le voilà à présent si confiant. Si vous le rencontriez vous seriez surpris. Il a pris possession du monde, il fonce, discute, interpelle, s'amuse, partage, il endosse même souvent le rôle de justicier en cas de crise majeur au jardin d'enfant : untel à piqué le ballon de tel autre !
Je le sens prêt à sauter sans bouée dans le grand bassin de sa jeune vie. Envolées mes craintes, sa nounou l'a constaté aussi, Adam est si confiant... Il n'a rien perdu de son aptitude à observer et à prendre son temps, seulement il ne reste plus seul et est maître de l'action, car toujours nous lui répétons : aie confiance mon ange !


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