Oui, j'ai coupé mes cheveux...

jeudi, mars 12, 2015



Couper SES cheveux et s'apercevoir en une photo postée sur les réseaux sociaux, qu'en fait, ce petit nuage n'était pas totalement mien, les commentaires, les messages privés m'ont interloquée, la vérité est là, devant moi, elle résulte de mes partages, de mon exposition quotidienne et assumée sans doute : mes cheveux appartenaient à TOUTES (l'utilisation du passé s'impose, une fois balayé ma touffe par le préposé au balayage de ma coiffeuse) ... c'est fou le nombre de commentaires que j'ai reçu du type : "oh la la il fallait oser" ou bien "mais pourquoi", "qu'est-ce que tu as fait" "je suis triste pour toi", "je fais le deuil de tes cheveux!" ... preuve s'il en est de l'attachement de la communauté à nos cheveux , et surtout à ce vieux lieu commun qui cours depuis toujours selon lequel, nos cheveux ne poussent pas !

Quelle Histoire nos cheveux ! Et je colle un H majuscule sans hésitation à Histoire tant ils marquent notre communauté depuis des siècles et des siècles... Même si je l'avoue sans fard, la question se pose à moi depuis quelques années seulement, ces années qui marquent ce que je nomme modestement ma renaissance capillaire.


Car, comme bon nombre de jeunes filles de la très large communauté noire, j'ai baigné dans la culture "du facile" - héritée de nos mères, nos grands-mères et malheureusement de la triste réalité historique de l'esclavage -, c'est à dire le défrisage. En creusant dans les tréfonds de mes souvenirs, à aucun moment de ma jeunesse je ne me rappelle de l'évocation par un tiers de la beauté des cheveux afro naturels, que cela soit pas un membre de ma famille que par mes connaissances ou bien encore dans les médias, et à vrai dire bien au contraire. Je ne compte pas le nombre incalculable de fois où, fillette et plus tard adolescente, j'ai entendu dire "elle n'a pas d'argent pour s'acheter un pot de défrisage celle-là", si une fille avait le malheur d'avoir les racines drues ! La question pour les garçons ne se posait bien évidemment pas du tout ! Tu m'étonnes le poids sociétal de l'apparence ne pèse que sur les femmes - discrimination éternelle !  Ils pouvaient eux avoir les cheveux "grainés" entre deux coupes car tout de même la mode était et est toujours aux crânes rasés !
Bien sûr, j'ai constaté qu'à une époque porter l'afro s'est fait, admirative mais plus moqueuse devant les photos noir et blanc de mon père datant des années 60 ! Une mode voilà, un épisode, une tendance éphémère marquée par ces années d'insouciance pour les uns - la population blanche - et la revendication de son identité pour les autres, après des siècles de soumission et de persécution - les noirs. Puis à force de matraquage médiatique, d'images de propagande, de promotion sauvage de ce qu'est le beau, la tendance s'est émoussée comme désintégrée, écrabouillée sous la semelle vengeresse d'une société toujours plus hermétique à la différence, reléguant par la même occasion à l'insolite les porteurs et porteuses de l'afro !

Que n'ai-je usé de subterfuges pour rentrer dans "le moule" ! Tissages, défrisages, nattes, il nous fallait répondre à deux critères de beauté imposés : long et lisse !
En restreignant le critère communautaire, pour passer de femmes noires, à femmes antillaises et femmes africaines, il est une vérité évidente : on ne vit, ni ne regardons les cheveux de la même manière selon que l'on soit les unes ou les autres! Je ne veux certainement pas opposer les deux communautés, et refaire l'Histoire et les renvoyant dos à dos, mais j'ai personnellement remarqué (je n'emploie pas par hasard ce ton personnel - il est impératif, car il marque là qu'il ne s'agit que de MON avis) une très forte disparité entre les unes et les autres, en ce sens que les antillaises optaient bien plus souvent pour le défrisage alors que les africaines préféraient l'option tissage, c'étaient ainsi ... et il était courant d'entendre de la part, souvent d'ailleurs de la communauté antillaise, que leur cheveux étaient d'une "meilleure nature" que celle des africaines, ... la faute au métissage il paraît ! Point de drame, c'est un point de vue répandu qu'il m'arrive aujourd'hui encore d'entendre ici et là dans la bouche de certaines !

Je ne renie rien, j'assume tout et même "naturelle" je n'ai à aucun moment craché dans la soupe, dénigrant, par exemple, les personnes qui choisissent de toujours se défriser, et je continue épisodiquement, à porter des tissages, même si j'ai une nette préférence pour les tresses lorsque j'ai envie de changement.
Les temps ont changé, j'aime ça, nous sommes tellement nombreuses à avoir fait le choix de ne pas transformer la nature première de nos cheveux, certaines, je le sais surtout au début (oui il y a eu un début) par conviction, que je qualifierais d'ethnique, comme une revendication identitaire, un combat pacifiste avec comme arme un peigne afro, d'autres, et ce n'est pas moins valable que la première raison, par envie de suivre la tendance ! Le résultat est là, visible comme le nez au milieu de la figure, de plus en plus de femmes noires "montrent" leurs cheveux tels que la nature les en a dotées en société, car en réalité c'est de ça qu'il s'agit, nos cheveux étaient jusqu'à présent cachés derrière le masque de la "bienséance", pour tous, nous n'étions tout simplement "pas coiffées" avec une afro !
Malgré cette évidente évolution des mœurs - des vieilles rengaines persistent - des lieux communs tenaces devrais-je dire, des légendes urbaines ! Dont la plus réputée est sans conteste celle sur le fait que les cheveux des noirs ne poussent pas !
C'est tout bonnement faux ! Ils poussent évidemment ! Pas aussi rapidement que ceux d'autres origines (leur structure en est la seule cause) - ils se développent à leur rythme et bien entendu en fonction aussi des soins qu'on y apporte (extérieurement comme intérieurement)... Je ne vais pas ici livrer de recette miracle, en réalité il n''y a que deux combinaisons gagnantes les soins : pas évident de s'y mettre lorsque les bons gestes nous ont échappé durant tant d'année, et surtout LA PATIENCE !

Mais revenons en plutôt au début de mon post, ces réactions particulières de certaines à la découverte de mon nouvel état capillaire ! D'où vient cette obsession sur la longueur des cheveux afro ? J'avais bien remarqué ce point au début de mon parcours, regardant avec curiosité la multiplication des t-shirts gradués exhibés fièrement par certaines youtubeuses... comme si obtenir une certaine longueur était plus important que l'aspect général des cheveux. Je n'adhère pas car je constate que beaucoup négligent la mise en beauté des cheveux pour ne se concentrer que sur les centimètres.

Quand est-ce devenu "nul" de se faire une coupe ? Pourquoi les cheveux courts dans la communauté sont si peu considérés ? Il s'agit là d'un style de coiffure, nous devrions pouvoir comme n'importe quelle communauté choisir de changer de tête en coupant ses cheveux si cela nous chante sans être taxé de vouloir dissimuler une chute de cheveux ou bien un manque de soin !
Oui j'ai coupé mes cheveux !
Non ce n'est pas un big chop !
Non je ne suis pas frustrée !
Oui c'est un vrai choix !
Non cela n'est pas la résultante d'une chute de mes cheveux !
Non ce n'est pas parce que je trouvais que les entretenir prenait trop de temps !


J'ai juste eu envie de changement, et de structure, d'une coupe quoi ! Cela ne change rien au fait que je vais les chouchouter, cela ne change rien au fait que je peux apporter mon expériences et partager mon quotidien ! Ce n'est pas parce que mes cheveux sont courts que je ne suis plus apte au partage ! Ceci n'est pas un appel à la coupe massive des nuages, mais une remarque basique, vous avez le droit de faire exactement ce qui vous plaît - je ne me sens ni moins féminine, ni moins belle ni moins considérée sans mon épais nuage - frisée, défrisée, nattée, tissée, ... je me sens moi dans tous ces états !

Bref j'ai coupé mes cheveux !




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